
« J’ai peur des aiguilles. »
C’est une phrase que j’entends régulièrement, et derrière elle se cache souvent une autre peur : celle de la prise de sang, de la perfusion ou de l’injection.
Pourtant, une aiguille d’acupuncture n’est pas une aiguille de prise de sang ou de perfusion. Et surtout : rien n’est injecté.
Avant une première séance, il est donc tout à fait légitime de se demander : quelle taille fait réellement une aiguille ? Jusqu’où entre-t-elle ? Est-ce que ça fait mal ? Est-elle stérile ? Que ressent-on une fois qu’elle est posée ?
Et surtout : que se passe-t-il si j’ai peur ou si je ne veux finalement pas d’aiguille ?
Dans cet article, je vais vous montrer concrètement ce qu’est une aiguille d’acupuncture, vous expliquer comment je l’utilise et vous raconter aussi comment j’ai moi-même appris à pratiquer ce geste.
Parce qu’une aiguille traverse la peau. C’est un geste intrusif et j’en ai pleinement conscience.
Pour moi, la technique ne peut donc pas être séparée de la confiance, de l’écoute et du respect de la personne qui est devant moi.
Une aiguille d’acupuncture n’est pas une aiguille de perfusion
Quand on parle d’aiguille, le cerveau pense souvent immédiatement à la prise de sang, à la perfusion ou à l’injection.
Pourtant, ce n’est pas le même matériel, ni le même usage.
Une aiguille d’acupuncture est pleine, très fine, stérile et à usage unique. Elle ne sert pas à faire passer un produit dans le corps : rien n’est injecté.
Certaines aiguilles d’acupuncture font autour de 0,20 à 0,30 mm de diamètre, selon le modèle utilisé. À titre de comparaison visuelle, les aiguilles utilisées pour certaines injections ou perfusions sont généralement plus épaisses et, surtout, elles sont creuses afin de permettre le passage d’un liquide.
[PHOTO À METTRE ICI : aiguille d’acupuncture / aiguille de perfusion]
Je trouve cette comparaison particulièrement parlante, parce que beaucoup de personnes arrivent avec en tête le souvenir d’une prise de sang.
Et parfois, quand je leur montre simplement l’aiguille que je vais utiliser, la réaction est :
« Ah… c’est ça ? »
Oui. C’est ça. 🙂
Cela ne veut pas dire qu’on ne ressent jamais rien. Le passage de la peau peut provoquer une petite sensation brève, puis d’autres sensations peuvent apparaître selon le point et la personne.
Et une fois l’aiguille posée, qu’est-ce qu’on ressent ?
Le passage de la peau est une chose. Ce que l’on peut ressentir ensuite en est une autre.
Selon les personnes, le point choisi et le moment de la séance, les sensations peuvent être très différentes : picotement, lourdeur, engourdissement, pression, chaleur, sensation qui diffuse ou qui se déplace, parfois même une impression électrique.
En médecine traditionnelle chinoise, cet ensemble de sensations est souvent appelé De Qi.
Mais il faut aussi distinguer ce que vous ressentez de ce que moi, je peux ressentir dans l’aiguille.
Il arrive qu’au bout de mes doigts, l’aiguille donne une sensation particulière : comme si quelque chose venait l’accrocher, la saisir, lui donner davantage de présence.
C’est là que mon image de la pêche me revient.
Pour moi, cela ressemble parfois au moment où l’on tient une canne à pêche et où l’on sent soudain que quelque chose a mordu à l’hameçon.
Cette image de la pêche m’est venue naturellement : je viens d’une famille de pêcheurs. Ce qui m’a surprise ensuite, c’est de découvrir que cette sensation au bout de l’aiguille était elle aussi décrite, depuis longtemps, comme celle d’un poisson qui mord à l’hameçon.
Et il y a parfois quelque chose d’encore plus étonnant : la sensation que l’aiguille sait presque où elle va.
Je le dis comme je le ressens, avec mes mots. Sous les doigts, elle peut donner l’impression de se tendre, de prendre une direction, de ne plus être simplement “libre”.
C’est très subtil, mais quand on le ressent, c’est assez impressionnant.
Entre la sensation du poisson qui mord à l’hameçon et celle d’une aiguille qui semble avoir trouvé son chemin, il y a des moments où le geste devient presque un dialogue avec ce qu’on perçoit sous les doigts.
Et surtout, ressentir quelque chose ne veut pas dire avoir mal. Une sensation peut être inhabituelle, surprenante ou intense sans être douloureuse.
Si une sensation devient désagréable, il suffit de me le dire : je peux modifier le geste, retirer l’aiguille ou simplement ne pas poursuivre.
Stérilité, usage unique et DASRI : que devient l’aiguille ?
Les aiguilles que j’utilise sont stériles et à usage unique.
Elles sont conditionnées individuellement et ne servent qu’une seule fois. Une fois utilisées, elles ne sont ni nettoyées, ni réutilisées.
Elles sont immédiatement déposées dans un collecteur rigide destiné aux objets piquants et coupants.
Puis elles suivent la filière dédiée aux DASRI, les déchets d’activités de soins à risques infectieux.
Cela peut sembler être un détail technique, mais pour moi ce n’en est pas un : une aiguille qui traverse la peau impose une vraie rigueur d’hygiène et d’élimination.
Le collecteur est conçu justement pour éviter qu’une aiguille usagée puisse être manipulée ou provoquer une blessure accidentelle.
Autrement dit : l’aiguille sort de son emballage, elle est utilisée une seule fois, puis elle termine sa vie dans le circuit prévu pour ce type de matériel.
Et celle-là, promis, elle ne revient jamais pour une deuxième séance. 😄
Jusqu’où entre une aiguille d’acupuncture ?
C’est une autre question qui revient souvent : jusqu’où va réellement l’aiguille ?
La réponse est simple : cela dépend.
Selon le point choisi, la zone du corps, la morphologie de la personne et la technique utilisée, l’aiguille peut être posée de façon très superficielle ou entrer davantage.
Elle peut aussi être placée perpendiculairement, en biais ou presque couchée.
Ce n’est donc pas une question de « planter une aiguille le plus loin possible ». Au contraire, le geste doit être adapté à l’endroit où l’on travaille.
Il existe des zones où je reste très superficielle, d’autres où l’insertion peut être plus importante.
Et puis il y a aussi mes propres limites.
Il existe des points que j’évite, et d’autres techniques que je ne pratique pas encore parce que je ne suis tout simplement pas prête à les utiliser.
Oui, même après des années de formation et de pratique, j’aime aussi ma zone de confort. 😄
Pour moi, savoir utiliser une aiguille, ce n’est pas chercher jusqu’où on peut aller.
C’est surtout savoir où, comment… et parfois décider qu’on n’en mettra pas.
Avant l’aiguille : installer la confiance
Une aiguille traverse la peau. Je ne banalise pas ce geste.
Avant de la poser, j’explique ce que je vais faire. Si je sens une appréhension, je préfère prendre quelques secondes de plus plutôt que d’aller trop vite.
On peut respirer ensemble, relâcher les épaules, attendre que le corps se pose un peu.
Parfois, je vous demande simplement de souffler au moment où je fais le geste.
Cela peut sembler très simple, mais le climat de confiance change beaucoup de choses.
Vous avez le droit de dire que vous avez peur.
Vous avez le droit de demander ce que je vais faire.
Vous avez le droit de changer d’avis.
Et si vous me dites non, c’est non.
Je peux changer de point, changer de technique ou ne pas utiliser d’aiguille du tout.
Vous venez parfois avec une douleur, une fatigue ou une appréhension déjà bien présente.
Je ne suis pas là pour en rajouter.
Et si je ne veux vraiment pas d’aiguille ?
Alors nous n’en mettons pas.
L’aiguille n’est pas une obligation. Selon le besoin, le moment de la séance et ce que vous êtes à l’aise d’accepter, je peux utiliser d’autres approches : acupression, moxibustion, ventouses…
L’acupression permet de travailler sans aiguille, simplement par pression sur certains points.
La moxibustion utilise la chaleur.
Et là, la question arrive souvent :
« Ça brûle ? »
Non.
Ça chauffe. 🔥
La chaleur doit rester maîtrisée et confortable. Si elle devient trop forte, on ajuste immédiatement.
Et les ventouses ?
Disons qu’elles ont leur petit caractère. 😄
Elles créent une aspiration sur la peau et peuvent être franchement désagréables pour certaines personnes. Mais elles ne sont pas censées devenir une épreuve de courage.
Certaines personnes les adorent.
D’autres comprennent très vite que non, vraiment, les ventouses et elles ne feront jamais un grand couple.
Et c’est parfaitement acceptable.
L’objectif n’est pas de vous imposer une technique.
L’objectif est de choisir, ensemble, ce qui a du sens pour vous et ce que votre corps accepte à ce moment-là.
Apprendre à piquer commence… par se (faire) piquer
J’ai été élève à Zhong Li, une école que j’avais notamment choisie parce que la pratique des aiguilles y commençait très tôt.
Et avant de piquer quelqu’un d’autre, nous avons commencé par nous piquer nous-mêmes.
Le principe m’est resté : je ne veux pas faire sur quelqu’un un geste que je n’ai jamais expérimenté sur moi.
Je me souviens très bien de ce premier cours pratique. On nous montre le geste — enfin, l’une des manières de faire — puis vient le moment de prendre l’aiguille.
D’abord sur soi, sur un point du bras.
Ensuite sur son voisin.
La première fois est impressionnante. Même lorsqu’on a appris la théorie, tenir l’aiguille en sachant qu’elle va traverser la peau, c’est autre chose.
Et ça ne s’oublie pas.

Premier cours pratique à Zhong Li — mes débuts avec les aiguilles, 09/12/2023
Après ce premier cours, évidemment, tout devient terrain d’entraînement.
Les fruits.
Une gomme.
Le canapé…
Tout ce qui permet de répéter le mouvement sans transformer son entourage en hérisson. 😄
Et puis il y a une chose qu’aucun schéma ne remplace : la répétition du geste.
Il m’arrive encore aujourd’hui de faire le mouvement à blanc avant de prendre l’aiguille et de la mettre en place.
On finit aussi par avoir ses préférences
Au début de mon apprentissage, j’ai rapidement réussi à travailler avec des aiguilles très fines.
Et puis… je suis revenue vers certaines aiguilles un peu plus épaisses.
Tout simplement parce que je préférais les sentir correctement entre mes doigts.
Avec la pratique, on découvre différentes longueurs, différents diamètres et différentes marques.
On teste sur soi, on échange entre élèves, on compare les sensations, la souplesse, la prise en main.
Et surtout, on comprend progressivement ce que l’autre peut ressentir.
À une période de ma formation, je me piquais moi-même deux ou trois fois par jour sur certains points. J’ai fini par ne plus vouloir le faire : certaines zones devenaient franchement désagréables.
Cette expérience a changé ma façon de choisir mes aiguilles.
Aujourd’hui, il y a des endroits où je préfère une aiguille particulièrement fine et courte. D’autres où une autre forme me convient davantage.
Et il y a aussi des points que j’évite ou des techniques que je ne souhaite pas pratiquer.
Savoir poser une aiguille, c’est aussi savoir décider de ne pas la poser.
La première personne que j’ai piquée
Je me souviens également de la première personne que j’ai piquée en dehors des exercices de formation : Danielle C.
Pendant la séance, je lui ai dit :
« Là, je mettrais bien une aiguille. »
Elle m’a répondu en substance :
« Vas-y, je te fais confiance. »
Et dans ma tête, c’était plutôt :
« Oui… mais là, ce n’est plus pareil que sur moi ! »
J’avais de grosses gouttes. 😅
Mais aussi, après le geste, une énorme fierté.
Pas celle d’avoir simplement posé une aiguille.
Celle d’avoir acquis une corde supplémentaire à mon arc, que je pouvais utiliser avec discernement dans mes accompagnements.
Et plus j’avance, plus je trouve qu’il y a quelque chose d’élégant dans l’idée de ne pas multiplier les aiguilles inutilement.
Chercher celle qui a vraiment du sens pour cette personne, à ce moment-là.
La bonne, au bon endroit, avec le bon geste.
Ça, je trouve que c’est la classe.
Une épine de rose, une punaise… ça, ça pique !
Quand on entend le mot « aiguille », notre cerveau peut vite partir très loin.
Pourtant, dans la vie quotidienne, on rencontre parfois des choses bien plus brutales :
Une épine de rose dans le doigt.
Une épine d’oursin sous le pied.
Une punaise.
Une agrafe.
Une aiguille de couture qui s’enfonce au mauvais endroit…
Ça, oui, ça fait mal.
Et souvent, c’est justement parce que le geste est accidentel, imprévu, parfois profond, et absolument pas maîtrisé.
Une aiguille d’acupuncture, elle, est utilisée dans un geste précis, préparé et contrôlé.
Cela ne veut pas dire que vous ne ressentirez jamais rien.
Mais entre une sensation brève, un picotement, une lourdeur, une chaleur ou une sensation électrique… et l’épingle oubliée dans le canapé, il y a quand même un monde. 😄
Si une sensation vous gêne, vous me le dites.
On ajuste.
On retire.
Ou on choisit autre chose.
Alors, est-ce que l’acupuncture fait mal ?
La réponse la plus juste est : ça dépend des personnes, des zones et des sensations.
On peut sentir le passage de l’aiguille. On peut ressentir ensuite un picotement, une lourdeur, une chaleur, une tension, parfois une sensation électrique.
Mais l’objectif n’est jamais de vous faire subir quoi que ce soit.
Je prends le temps d’expliquer, d’adapter le geste, de choisir l’aiguille, l’angle et la profondeur avec attention.
Et si l’aiguille n’est pas adaptée à vous ce jour-là, on peut faire autrement.
Acupression, moxibustion, ventouses… l’aiguille reste un outil parmi d’autres.
Ce qui compte, ce n’est pas de “tenir bon”.
Ce qui compte, c’est que vous vous sentiez suffisamment en confiance pour que la séance ait du sens pour vous.
Vous venez parfois avec une douleur. Je ne suis pas là pour en rajouter.
Une question avant de prendre rendez-vous ?
Si vous avez peur des aiguilles ou si vous souhaitez simplement savoir comment peut se dérouler une séance, vous pouvez me poser vos questions avant de venir.
Je pratique dans le cadre de mon activité de praticienne en médecine traditionnelle chinoise. Je ne suis pas médecin, et mon accompagnement ne remplace pas un suivi médical.
Une question ? Envoyez-moi un SMS.
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